Quinze minutes de bateau depuis Cannes, et voilà le quai Laubeuf qui rapetisse derrière vous. Hors saison, ce trajet devient presque une croisière privée : on embarque sans pousser, on s’assoit où l’on veut, et le vent de décembre fouette un visage déjà reposé. Entre octobre et mars, les îles de Lérins changent de nature, et c’est précisément là que se niche leur vraie douceur, loin de l’agitation estivale qui brouille les regards.
Des traversées qui redeviennent un plaisir
En plein été, prendre la navette ressemble parfois à une épreuve : cohue sur le quai, bousculades pour une place à l’ombre, départ raté parce que le bateau affiche complet. Hors saison, ce scénario disparaît. Les navettes partent toujours de 9h à 17h30, toute l’année, et l’attente se réduit à quelques minutes à peine. On respire, on s’installe, on regarde la côte s’éloigner sans avoir à jouer des coudes.
Le trajet lui-même est court, presque trop : comptez 15 minutes pour Sainte-Marguerite, 20 pour Saint-Honorat. Juste assez pour se laisser gagner par l’idée de couper, de ralentir. Traverser en janvier avec une dizaine d’autres passagers, alors que la lumière rase les flots, n’a rien à voir avec la noria de juillet. C’est un avant-goût de ce qui vous attend à quai : le silence, l’espace, la lenteur retrouvée.
Des sentiers que l’on arpente sans croiser personne
Sainte-Marguerite s’étend sur 3,2 km², ce qui en fait la plus vaste des deux îles. L’été, ses allées de pins et d’eucalyptus charrient un flot continu de visiteurs venus voir le fort où fut enfermé le Masque de fer. Hors saison, la donne change du tout au tout. On marche parfois un quart d’heure sans croiser âme qui vive, avec pour seuls compagnons les chênes verts et le cri des goélands.
Trouver un banc face à la mer, s’y attarder une heure sans qu’une perche à selfie ne surgisse dans le cadre, voilà un luxe que la basse saison offre sans effort. La réserve naturelle régionale, gérée par la commune de Cannes, montre alors une autre texture : celle d’un maquis qui reprend ses droits. La flore que le piétinement estival met à rude épreuve le reste de l’année retrouve ici toute sa place, et l’on comprend mieux pourquoi ce statut de protection a été créé.

Deux îles, deux ambiances opposées
Saint-Honorat, plus confidentielle, mesure environ 1,5 km sur 400 m. Une bande de terre étroite, à l’échelle de l’homme, où la marche devient vite méditative. L’île appartient aux moines cisterciens de l’abbaye de Lérins, et leur présence colore chaque recoin de ce lieu singulier. Les vignes en terrasse, les chapelles disséminées, les frères qui croisent votre route : hors saison, tout paraît plus net, moins parasité.
Car la tentation, l’été, serait d’enchaîner les deux îles dans la même journée. Or c’est impossible à moins de repasser par le continent : aucune navette directe ne relie Sainte-Marguerite à Saint-Honorat. Cette contrainte logistique, qui énerve en août, devient une invitation à savourer chaque île séparément. On revient à Cannes, on déjeune, on repart plus tard. Un rythme de flâneur.
Le rapport au temps qui se transforme
Il y a dans la basse saison une forme de vérité que l’été maquille. Sur Sainte-Marguerite, la lumière d’hiver révèle des perspectives que la chaleur estompe : l’île paraît plus sauvage, plus sévère aussi. Sur Saint-Honorat, le vent qui balaie les 400 mètres de largeur rappelle à quel point ces terres sont exposées. La visite n’a plus rien d’une parenthèse balnéaire ; elle devient une rencontre avec un territoire.
Les départs toutes les 30 minutes en haute saison traduisent bien cette frénésie : on enchaîne, on consomme, on repart. Hors saison, une cadence plus souple force à s’adapter à l’île, pas l’inverse. Il faut prévoir une veste un peu chaude et accepter qu’un grain puisse raccourcir la balade. Mais c’est bien ce rythme-là, imprévisible et calme à la fois, qui rend l’expérience tellement plus agréable.
Ce que la basse saison change concrètement
- Des bateaux qui ne se remplissent jamais complètement, donc plus de places assises où l’on veut, avec le manteau posé à côté.
- Une lumière rasante qui dessine les reliefs et donne aux photos une profondeur que l’été écrase sous le soleil vertical.
- Comment imaginer le fort de Sainte-Marguerite sans les files d’attente devant les guichets ?
- Le bruit : en été, les moteurs, les haut-parleurs, les groupes ; l’hiver, le ressac contre les calanques.
- La possibilité de discuter avec les moines de Saint-Honorat, moins sollicités et plus disponibles.

Le choix du hors saison, un luxe discret
Visiter les îles de Lérins entre octobre et mars, c’est accepter un compromis : certains commerces ferment, le ciel se couvre parfois, la baignade n’est qu’un souvenir lointain. Mais ce que l’on gagne en échange a rarement un prix sur les brochures touristiques. Des sentiers pour soi, des traversées sans tension, un silence qui dit mieux que les mots pourquoi ces rochers attirent depuis des siècles.
Avant de réserver, jetez un œil aux photos anciennes de la traversée sur cannes1939.com : on y mesure à quel point le rapport à ces îles a toujours été affaire de saison et de lumière. Alors, la prochaine fois que l’envie vous prend, attendrez-vous vraiment le mois d’août ?









